Le retable de l’église Sainte Odile

Le retable représente "l'Apocalypse selon la vision de Saint Jean"
Il se compose de 7 panneaux en cuivre repoussé émaillé de 3.17 m x 0.76 m d'un seul tenant.

Au centre, Dieu le Père, assis sur le trône de majesté, tient le livre des sept sceaux. A ses pieds l'agneau Divin, immolé en sacrifice. En dessous, en médaillons, les quatre cavaliers de l'Apocalypse et la Jérusalem messianique où se trouvent les élus et les damnés. Sur les panneaux latéraux se tiennent les vingt-quatre vieillards à la coupe d'or qui s'accompagnent à la harpe en glorifiant le Seigneur. Le bas du retable est terminé par sept panneaux de 80c m x 76 cm qui représentent les sept églises de l'Apocalypse: Pergame, Ephèse, Smyrne, Thyatire, Philadelphie, Laodicée et  Sardes. Ce sont les plus grand émaux jamais réalisés par l’homme, ils sont uniques au monde.

Robert Barriot écrivait à propos du retable : (Extrait de la réponse faite à l’architecte Jacques Barge en 1945)
« Je vous ai dit, tout au début, que je voulais bien tenter ces panneaux en une seule pièce. J’ai fait faire un four spécial. Il me faut maintenant, si je fais un minimum de 4 cuissons par panneau, tenter 28 cuissons identiques avec les mêmes obstacles, les mêmes tours de main, et obtenir les mêmes résultats. Je ne crois pas qu’aucune tentative semblable ait été faite jusqu’à maintenant. C’est l’inconnu. L’audace ne me manque pas, mais je ne me sens pas encore en pleine possession des éléments favorables et j’hésite. Une petite plaque, passe encore, mais 7 grands panneaux avec un relief semblable…. Oui j’hésite à tenter ma chance. Voilà la véritable raison apportée au retard, d’autant que si je ratais une seule cuisson, ma vie matérielle serait gravement compromise, quoique vous m’ayiez assuré que vous ne me laisseriez pas laisser tomber ».

En effet, l’audace ne lui manquait pas. Robert Barriot réalisa en 1938-1939 le repoussage de ces sept panneaux qui lui demandèrent un effort considérable ; il en garda à jamais des séquelles aux mains. Lorsque la guerre éclata, Barriot fut obligé de cacher ces panneaux à Sainte Odile en raison de la réquisition du cuivre par les Allemands. Ce n’est qu’à la fin de la guerre qu’il put reprendre son travail et affronter le problème de la cuisson. Aucun artiste n’avait jamais tenté auparavant l’émaillage sur des panneaux d’une telle dimension. C’est pourquoi, avant de se lancer dans l’émaillage d’une œuvre qu’il n’était pas encore sûr de réussir et pour ne pas gâcher les panneaux, Robert Barriot réalisa une pièce témoin de taille plus modeste en relief de 1.80 m x 0.70 m, ce fut l’Archange Saint Michel terrassant le dragon. Il avait placé ce panneau sur des trépieds bourrés de sable pour les maintenir. Ils explosèrent sous l’effet de la chaleur et l’Archange Saint Michel fut maculé de petits grains de sable pris dans l’émail. Cependant Robert Barriot sut qu’il avait réussi à obtenir la couleur souhaitée et il se lança dans l’émaillage du retable avec une confiance inouïe. Quarante-neuf cuissons furent nécessaires au lieu des vingt-quatre initialement prévues, soit sept par panneau. A chacune de ces cuissons, il y avait le risque de l’anéantissement, le risque qu’un des panneaux si patiemment repoussé fût perdu à jamais. Quelle émotion a-t-il bien pu ressentir lorsque, dans la nuit, il dut enfourner pour la quarante troisième fois l’un de ces panneaux ? L’intensité du quarante neuvième enfournement, ultime cuisson, ultime risque, est-il descriptible ? Quel intense soulagement a-t-il dû donc ressentir quand, chaque matin, au lever du soleil, les pourpres et les ors étaient au rendez-vous. Cette incroyable prouesse technique et spirituelle suscita l’enthousiasme de grand nombre de ses contemporains. Le commanditaire de l’œuvre, Monseigneur L’outil, plus connu sous son nom de plume Pierre l’Ermite, curé de Saint-François de Sales et de Sainte Odile, écrit en juillet 1949 : « Que puis-je vous dire sinon que le retable que vous avez fait pour l’église sainte Odile est une splendeur… une pièce unique, car jamais on a émaillé du cuivre d’une pareille dimension. Et lorsque l’électricité vient les magnifier de sa lumière, alors il enveloppe tout le chœur d’une chaude et rayonnante beauté. » C’est non seulement l’avis du curé, mais celui de tous les visiteurs. Croyez que je suis très heureux de vous donner ce témoignage d’estime pour votre beau talent qui rappelle celui des imagiers de la meilleure époque du Moyen-Age ». Même effet pour Fernand Maillaud (1862-1948), peintre et illustrateur, rattaché à l’école de Crozant qui écrit dans une de ses dernières lettres : « Vos Prophètes si beaux ! Si pleins de lumière intérieure, je puis dire… Vraiment dignes de ce qu’ils représentent spirituellement… Je suis émerveillé et je sais que j’aurais une grande joie de pouvoir accomplir de telles œuvres. C’est bien autre chose qu’une petite pochade et même un grand beau tableau ! Pour moi, j’ai plus de bonheur à regarder vos œuvres que je n’en éprouve à regarder les miennes… Je regrette de quitter Paris parce que je ne pourrai plus retourner à Sainte Odile et vous voir. J’ai une véritable nostalgie de cette merveille ».