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J'ai compris
Robert Barriot est né à Châteauroux (Indre) le 22 juillet 1898.
A dix-sept ans il est reçu aux Arts décoratifs. L'année suivante il entre aux Beaux-Arts dans l'atelier de Cormon qu'il va quitter préférant travailler seul.
Installé à Montparnasse au 9, rue Campagne-Première, il exercera jusqu'à 24 métiers d'art : création de décors pour le théâtre ou le music-hall, création de costumes pour le bal de la Horde et les ballets russes, couture, broderie et tapisserie avec Raymond Duncan, impression sur tissu pour Poiret et Lanvin, flaconnage pour Lalique et Rigaud, cartonnage de luxe, illustration... Il travaille également la peinture, le dessin, la faïence, la céramique, le grès, l'argile...
A force d'expérimenter différentes techniques et matériaux, il découvre les émaux à travers l'oeuvre de Carriès, le dernier grand émailleur français du XIXe siècle.
Ses premières expositions à la Société Nationale des Beaux-Arts et au Salon d'Automne des Artistes Français, lui valurent de nombreuses critiques élogieuses.
En 1925, il obtient la Médaille d'Argent à l'Exposition Internationale de Paris; en 1926, la Médaille d'Or à l'exposition des Arts Décoratifs de Madrid. Membre du groupement des artistes de la Société de Saint Jean, il est choisi lors de l'exposition coloniale de 1931 pour réaliser la façade en grès émaillé grand feu de l'église Notre Dame des Missions. Cet édifice sera transféré définitivement à Epinay sur Seine ; il est aujourd'hui classé par les Monuments Historiques.
En 1937, il reçoit la Médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Paris pour sa Porte de l'Artisanat en aluminium forgé ornée d'écussons émaillés.
Cette même année, Monseigneur Loutil, plus connu sous son nom d'écrivain Pierre l'Ermite, lui confie la réalisation d'un retable pour l'église Sainte Odile à Paris (XVIIe arr).
Cette commande marquera un tournant décisif dans ses orientations artistiques et sa conception de l'émail. Il entreprend d'émailler sept panneaux de cuivre de 3.17 m x 0,76 cm d'un seul tenant. Un travail titanesque qui prendra deux ans et demi pour le repoussage du cuivre et les quarante neuf passages au feu à plus de 1000°. Pour la première fois au monde, apparaissent des émaux sur cuivre repoussé de grandes dimensions et d'une seule pièce. Pour réaliser cette commande, Pierre l'Ermite lui offre la crypte de l'église pour installer son atelier et l'auditorium pour loger sa famille. Il devait y rester le temps du chantier, il y vivra quinze ans.
Pendant la guerre, Barriot se réfugie dans le Berry et fera partie de nombreux réseaux de résistance. Période riche sur le plan artistique, il réalisera de nombreuses peintures, aquarelles et sanguines tout en continuant à travailler le cuivre et l'émail.
De retour à l'église Sainte-Odile après la guerre, il expose de manière permanente dans l'auditorium, attirant de nombreux visiteurs. Mais, refusant de passer par des galeristes, et ayant de la difficulté à se départir de ses oeuvres, Barriot n'arrive pas à gagner sa vie malgré un certain nombre de commandes. Il luttera toute son existence contre la pauvreté.

En 1953, expulsé de l'église Sainte Odile, Barriot trouve refuge dans le Berry à Chezal-Benoit. Il passera là-bas les vingt dernières années de sa vie, travaillant avec acharnement et ne cessant de faire évoluer ses recherches sur l'émail. Il finira sa vie dans une grande détresse, écoeuré par l'échec de deux de ses projets les plus ambitieux, un chemin de croix en émail polychrome de 42m de long destiné à la cathédrale Saint Etienne de Bourges et l'histoire du Berry, faute de subventions. Son oeuvre prend alors le visage du désespoir et se clôt sur une Apocalypse qui met à bas la dignité de l'homme.
Refusant jusqu'à sa mort en 1970 de se séparer de son oeuvre, il laisse à la postérité une des plus importantes collections d'émaux contemporains accompagnée d'une production non moins importante d'oeuvres dans des domaines aussi divers que le cuivre repoussé, la sculpture sur cuivre, la céramique, l'aquarelle, l'enluminure sur parchemin ou la gravure.
 
1916 - Admis à l'Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Paris
1917 - Admis à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris
1920 - Exposant à la Société Nationale des Beaux-Arts - Salon d'Automne des Artistes Français
1925 - Médaille d'Argent - Exposition Internationale de Paris
1926 - Médaille d'Or - Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Madrid
Invité aux Expositions d'Art Français et à la Passion au Trocadéro
1926 - Admis exposant au Musée Galliera
1937 - Médaille d'Or - Exposition Internationale de Paris
1938 - Conseiller à l'Artisanat Français
1939 - Médaille d'Argent Chambre de Commerce de l'Oise - Meilleur Ouvrier de France (Emailleur)
1945/1953 - Exposition permanente dans l'Auditorium de l'Eglise Ste Odile à Paris
1947 - Médaille de Bronze Arts, Sciences et Lettres
1948 - Médaille de Bronze, Société Centrale des Architectes - Fondation Sédille
1949 - Exposition du Travail : Diplômé et Membre du Jury
1951 - Diplômé d'Honneur - Exposition Internationale de Florence
1952 - Officier du Mérite Artisanal
1952 - Médaille Hors Concours Chambre des Métiers de la Seine
1953 - Médaille d'Argent Arts, Sciences et Lettres
1953 - Exposition Emaux au Musée d'Art et d'Histoire à Genève
1955/1970 - Exposition permanente au Château de la Bruyère à Chezal-Benoit (cher)
1962 - Chevalier du Mérite National Français
1968 - Salon de l'Ecole Française sur invitation jury
1968 - Prix de l'Année - Exposition au Musée d'Art Moderne à Paris
La danse macabre

Objet d'admiration, les émaux de Robert Barriot laissent néanmoins les émailleurs contemporains perplexes.

« Robert Barriot est comme émailleur, un géant de l'émail. Comme artiste, c'est un homme de la Renaissance. C'est un artiste complet, exécutant et dominateur de plusieurs disciplines de l'Art. Même avec les techniques actuelles, nul artiste de notre époque, je peux le dire franchement, n'est capable de réaliser l'oeuvre monumentale de Robert Barriot. »
Andreù Vilasis, artiste émailleur, directeur de la revue l'Esmalt, Membre de l'Académie des Beaux-Arts de Catalogne

L'émail est composé de cristal réduit en poudre auquel on ajoute du bore ou du plomb pour lui donner du liant ainsi que différents oxydes métalliques qui permettront l'obtention de la couleur. La pâte ainsi obtenue se vitrifie sous l'action de la température lors de la cuisson.

Les émailleurs jusque-là appliquaient ce mélange sur des plaques de cuivre parfaitement nettoyées, recouvertes d'une couche de fondant pour éviter que le cuivre ne s'oxyde et ne vienne détériorer la qualité et la pureté de la couleur espérée. L'émailleur applique ensuite son émail sur la plaque comme un peintre sur sa toile, mais alors que le peintre voit sur sa toile l'oeuvre finale apparaître à mesure qu'il peint, l'émailleur doit passer par le feu pour que se révèle la couleur. Ce sont les cuissons successives qui peu à peu vont donner à l'oeuvre sa forme définitive et demandent à l'émailleur une maîtrise parfaite de la capricieuse alchimie des oxydes.

Par ses recherches incessantes sur la couleur et la matière, Robert Barriot a bouleversé plus de 5000 ans d'histoire de l'émail. Il réussit à obtenir une gamme de couleurs unique et inexistante jusque-là d'une richesse infinie. L'émail avec Barriot renvoie la lumière de manière exceptionnelle, dégageant une chaleur dont il était privé jusque-là.
Pour y arriver, Barriot change radicalement de technique. Il n'utilise plus qu'une seule sorte d'émail, un émail transparent dont il a composé la formule et, au lieu de se débarrasser des oxydes de cuivre qui tâchent la plaque de cuivre, il décide d'utiliser ces imperfections pour obtenir ses couleurs. C'est l'oxyde de cuivre qui en se mélangeant à l'émail sous l'action des cuissons successives va le colorer et donner ces nuances si particulières : ors lumineux, pourpres profonds, verts intenses, rouges irisés jusqu'au fameux bleu de cuivre.

Barriot maîtrise sa composition en faisant varier très légèrement l'épaisseur de la couche d'émail avant chaque cuisson, tout en contrôlant à travers l'oeilleton du four la couleur de l'émail en fusion.

Barriot peint littéralement avec le feu, contrôlant la subtile transformation des oxydes avec virtuosité.

De plus, pour la première fois au monde apparaissent des émaux de grandes dimensions sur cuivre repoussé. à ce jour le plus grand émail répertorié est attribué à Pierre Courteys (1559) au Musée national de la Renaissance d'écouen. Mais celui-ci est en fait constitué d'un assemblage de quatre panneaux totalisant une hauteur de 1,65 m.

Barriot a voulu cesser de morceler les oeuvres émaillées pour leur donner plus de fluidité et d'ampleur. Pour l'église Sainte-Odile à Paris, il a donc repoussé et émaillé sept panneaux de 3,17m x 0,76 m d'un seul tenant.

« Je vous ai dit tout au début que je voulais bien tenter tous ces panneaux en une seule pièce. J'ai fait faire un four spécial. Il me faut maintenant, si je fais un minimum de quatre cuissons par panneau, tenter 28 cuissons identiques avec le même obstacle, le même tour de main et obtenir les mêmes résultats. Je ne crois pas qu'aucune tentative semblable ait été faite jusqu'à maintenant. C'est l'inconnu, l'audace ne me manque pas, mais je ne suis pas encore en pleine possession des éléments favorables et j'hésite. Une petite plaque passe encore, mais sept grands panneaux avec un relief semblable... oui j'hésite à tenter ma chance. Voilà la véritable raison apportée au retard, d'autant que si je ratais une seule cuisson, ma vie matérielle serait gravement compromise, quoique vous m'avez assuré que vous ne me laisseriez pas tomber. »
Extrait de la lettre de Robert Barriot à Jacques Barges, architecte de l'église Sainte Odile à propos du retable (1939)

Ses recherches sur la matière et sa volonté de résoudre les difficultés techniques liées aux dimensions des plaques de cuivre l'ont amené à repousser son cuivre. En donnant du relief à la plaque, il lui donne de la rigidité et permet à l'émail de se fixer solidement. Les reliefs ainsi obtenus permettent de diversifier les reflets donnés par l'oxydation du métal et par la lumière. Savoir-faire prodigieux quand on sait que le cuivre se repousse à l'envers et qu'il s'applique sur des plaques de plusieurs mètres de long. Barriot va sculpter la matière avec passion, s'appropriant le métier de dinandier de manière très personnelle, créant ses propres outils, et repoussant le cuivre sur de petits sacs de sable au lieu de la plaque de métal dure habituellement utilisée, afin d'épouser le cuivre, de l'étirer jusqu'à la limite du point de rupture sans le brutaliser. Ce relief, il le voulait spontané, vivant, avec cette sensualité si nécessaire à l'émotion que doit provoquer une oeuvre.

« En sculpture, je vois un bloc de pierre, de bois, une plaque de métal. Le sculpteur conçoit une forme, un volume qui pourrait se dégager de ces éléments, puis avec le métier et les outils appropriés, façonne ces formes qui donnent un élément figuratif, inerte soit ! Mais avec son talent, de ces formes se dégagent la vie, les sentiments, la beauté qu'il veut communiquer aux hommes. Je ne conçois pas la sculpture comme un broyage, un cassage ou un brûlage laissant au hasard l'effet d'un volume dont on devra chercher le sens [...] Dans l'art, pour réaliser ses créations, telles qu'on les conçoit, il faut connaître toutes les pratiques des métiers nécessaires à ses réalisations pour qu'elles soient le reflet de votre personnalité »
Robert Barriot

Aucune expertise à l'heure actuelle n'a pu situer les oeuvres de Robert Barriot dans des références existantes, aucun classement n'est possible tant l'oeuvre est atypique et dépasse tout ce qui a été réalisé jusque là.

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